Dans la foulée de la sortie d’Aëdemphia, Pandora et tout son staff son fiers de vous proposer une interview intimiste de Sylvanor. Un entretiens très intéressants, sur la création du jeu, la personnalité de l’auteur, ses influences,ainsi que ses projets a venir. Régalez-vous !

- Pandore : Bon déjà Sylvanor, on va pas faire de présentation, tu est assez connu dans cette communauté, pourrais tu juste nous expliquer ce que tu fait maintenant dans tes études ?
Sylvanor : Je suis étudiant dans la section jeux vidéo d’une école de "chef de projet multimédia". En gros je suis censé être amené à gérer le développement d’un jeu vidéo dans une boîte, communiquer avec l’équipe, prendre des décisions, écrire un game design... Pas mal de choses en fait. J’ai étudié la 3D pendant deux ans dans une autre école, où j’ai eu un diplôme, mais je me suis aperçu que je n’aimais pas la 3D (oui c’est un peu crétin, j’en conviens, mais on a parfois des surprises comme ça), donc finalement, au lieu d’aller chercher du travail je suis retourné sur les bancs.

- En quoi ce parcours a-il permit a Aëdemphia de devenir le jeu que tu nous a dévoilé dans ta dernière démo ?
Étudier la 3D, c’est étudier le graphisme de façon générale aussi, un petit peu, donc ces formations m’ont permis d’expérimenter mon regard, de comprendre comment concevoir une image, ce genre de choses. La 3D m’aide un petit peu, pour la morphologie des personnages et quelques scènes cinématiques (par exemple, le passage avec les djidaques dans l’intro) ; ça reste cependant assez secondaire. On fait assez peu de dessin ou de graphisme 2D dans mon école, j’ai dû travailler tout seul sur ce point. Ceci dit, ce genre de milieux apporte forcément, tôt ou tard, de l’aide, par l’intermédiaire des gens avec qui on parle, des jeux qu’on essaie, des exemples qui sont donnés... Je ne peux pas dire que ça ne m’a rien apporté.

- Si nos informations son bonnes, ton entourage familial est très porté sur la création, l’artistique. En as tu tiré un profit pour ton projet ?
Mon père dessine et peint pas mal de choses un peu dans le style fantastique, et ma mère fait de la peinture naïve. Les oeuvres de mon père m’ont beaucoup influencé quand j’étais enfant, et j’admire vraiment ce qu’il fait. Ils sont tous deux assez enthousiaste vis-à-vis de mon jeu, et c’est un confort supplémentaire pour moi. De temps en temps, ils regardent un peu ce que j’ai fait, les décors, les cinématiques... Sans jouer (ils ne jouent pas du tout aux jeux vidéo) et m’apportent des remarques d’ordre artistique qui sont assez importantes pour moi.
- Presque sept ans de travail, des centaines (voir des milliers) d’heures passées a travailler dessus, qu’est ce qui a été le plus laborieux a mettre en place dans Aë ?
J’hésite entre la correction des bugs (une tâche qui ne finira peut-être jamais, je commence à le craindre !) et les cinématiques. L’une comme l’autre demandent un investissement effrayant, et exigent des activités que je n’aime pas faire (du dessin et de la colo à la chaîne, cent fois la même chose... d’un côté, et puis de l’autre, ben de la prog, du test, du test, encore et encore).
Finalement c’est peut-être les bugs qui l’emportent, parce qu’il y a un côté artistique dans la création de cinématiques, qui est motivant, et on est heureux du résultat final. Alors que les bugs, finalement, c’est pas pareil : quand il n’y en a pas, c’est "normal", et c’est quand il y en a que le problème se pose. Finalement, on n’en retire rien de positif.
Et en plus, c’est très stressant, car il y a toujours quelqu’un qui attend une réponse et une correction derrière le rapport qu’il envoie. Et rapidement, bien sûr.
- Et le plus plaisant ?
L’écriture des dialogues, probablement, surtout quand il s’agit des personnages principaux. J’aime faire parler ces personnages, les faire agir et réagir, leur donner de la contenance. Chaque dialogue les épaissit, et je m’amuse à imaginer les réactions qu’ils peuvent avoir face aux choix de dialogues proposés.
J’aime bien aussi dessiner les décors, surtout les grands palais ! Je suis très porté sur le visuel, ça compte beaucoup pour moi dans un univers et je me sens lui donner de l’épaisseur en travaillant les décors. Je pense aux gens qui vont rentrer dedans, j’essaie qu’ils ressentent quelque chose de sympa, et je m’arrête quand je suis content. En plus, c’est pas laborieux, ça avance tout seul, je mets de la musique que j’aime, je dessine à la tablette et c’est parti.

- Aëdemphia est bourré de systèmes permettant une multitude d’action dans le jeu. La grosse majorité de ces système est prête depuis de nombreuses démos. Est ce que ce ne serait pas le secret pour réussir sur la longévité un projet aussi ambitieux ?
Je ne sais pas trop quoi répondre, à mon avis le fait que le projet est toujours suivi et apprécié tient surtout au fait qu’il y ait fréquemment des nouveautés présentées, permettant de renouveler l’expérience à chaque démo (et les bugs, aïe !). J’annonce peut-être aussi des choses auxquelles les joueurs ne s’attendent pas, du coup ça peut attiser la curiosité.
Mais globalement, le fait qu’un jeu puisse se finir de plusieurs façons différentes aide à garder l’attention sur lui, ça peut donner envie d’y revenir, alors qu’un jeu linéaire... Une fois fini, il a de fortes chances de partir au placard pour un moment.

- Quel regard porte tu sur la première version d’Aëdemphia aujourd’hui ?
Quelle horreur ! Enfin, c’était un projet de débutant... Peut-être pas si pourri que j’aime le crier. Il me fait rire maintenant, parce que je ressens beaucoup de naïveté dans les dialogues et dans certains sprites. Je me dis aussi que ce n’était pas le Aëdemphia que j’avais en tête. Ces décors ont été faits par la contrainte des chipsets rippés et de mes faibles connaissances en graphisme : assemblés sous Paint, retouchés au pixel par pixel... Ca ne ressemblait pas à ce que je voulais faire. J’ajouterais que je n’avais pas non plus toujours une idée précise de ce que je voulais, en fait. J’avais vaguement une idée générale, et ça me suffisait. Aujourd’hui, je fais des essais, des petits croquis, des plans... J’y vais moins à la bourrin. Les combats étaient aussi trop nombreux, un travers classique. Plus j’avance et plus la baston doit être pour moi une sorte de divertissement qu’on a entre les phases d’exploration, de choix, de dialogues... Un moment où on met son groupe à l’épreuve mais pas un calvaire indésirable.
Et puis bon, les musiques midis... Ca me fait un peu mal aux oreilles. :p
Ma culture musicale était très faible et je n’osais pas mettre du wave à l’époque, car les connexions n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui (surtout la mienne, avec mon 64K payé à la minute !).
Bon, c’était une ébauche, un essai, sympa pour quelqu’un qui a 16 ans et n’a pas de passé dans la création de jeux, je dirais. J’aurais pu le jeter et refaire un truc tout neuf, ça n’aurait pas été du gâchis, ou continuer et finalement tout refaire, ce que j’ai choisi.
- Aë n’est pas fini, mais sur quoi pense tu plancher après ? Tous le monde se rappelle de la démo technique d’Aëdemphia 2, probablement un coup d’essais, nous savons aussi que tu travaillais sur un projet nommé "Les Versets" qui n’a vu le jour qu’en sphère privée...Qu’en est-il de tout ça ?
J’ai pas mal d’idées de projets pour après Aëdemphia. Je ne pense pas passer tout de suite à Aëdemphia 2, j’ai envie de changer un peu d’air, d’univers, de persos... Je ne veux pas les jeter, je les aime, mais j’y reviendrai plus tard. Il y a notamment ce projet, "Les Versets" (c’est un titre provisoire), que je continue de travailler avec Hyvenos très fréquemment au niveau du scénario et des personnages. Je suis très content de ce que nous avons fait et j’espère pouvoir concrétiser ça après Aëdemphia. Ca devrait être un RPG, mais très différent d’Aëdemphia dans son approche, son univers, sa façon de jouer...
J’aimerais aussi revenir un peu à la BD. J’en faisais beaucoup quand j’étais plus jeune (avant de passer à RM, en fait) et ça me manque un peu. Au moins dans les BD, il n’y a pas de bugs !
Bon, il me faudrait un sérieux entraînement au dessin et à la mise en page avant, mais j’ai quelques idées qui passeraient bien en BD. J’aimerais avoir l’occasion de les concrétiser.

- Passons au choses qui fâchent ! Tu est également le créateur d’Oniromancie, plus gros site généraliste sur le making. Nous, membres du staff de Pandora, avons connus, et pour certains, participé, a l’évolution du site et du forum. Nous avons un regard assez critique sur ce que l’on y vois sur ces deux dernières années. En toute honnêteté et sans langue de bois, que pense tu de ce qu’est devenu Oniro maintenant ?
Il en faut plus que ça pour me fâcher.
Je suis assez content de la façon dont se porte Oniro en ce moment. Le site est actif et j’aime son ambiance. Je m’y sens chez moi, la plupart des membres sont agréables à mes yeux, je le visite avec plaisir et s’il n’était pas là, je sens qu’il me manquerait quelque chose.
Bien sûr, on peut dire que ça floode beaucoup, que le niveau n’y est pas très élevé... Il y a une part de vérité là-dedans, mais je n’ai jamais cherché à faire de l’élitisme avec Oniro. J’ai fait ce site pour constituer une sorte de gros pôle où on trouve "tout" (enfin, façon de parler bien sûr) et tout le monde. C’est pas grave si ça glande plus que ça ne make, j’estime que ce n’est pas à moi de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire. Ma vision des choses c’est mettre en avant les productions intéressantes, dans les news, les tests, les articles... Et c’est ce qu’on essaye de faire. Ceux qui ne produisent pas, je vais pas leur jeter la pierre. Souvent, ils jouent, ou participent à la vie du forum, c’est bien aussi. Pour moi le forum d’Oniro, c’est une communauté autour de RM. Mais pas forcément une communauté "de créateurs". Plutôt une communauté "avec des créateurs". Ca a toujours été ma perception de la chose.
Rappelons-nous enfin que RM c’est un loisir (ou une passion pour les plus acharnés), tous les membres ont une vie à côté, scolaire ou professionnelle. Créer un jeu prend un temps fou, ce qui décourage très vite, parce qu’au final c’est pas souvent marrant.
- Nous faisons partie de ceux qui ne croient pas en la mort du making, mais qui constatent une dégradation de la motivation a travailler sur RPG Maker. Sur Pandora, nos membres sont assez "matures" et sembles plus enclins a rechercher par eux même sans attendre que l’on leur fasse leur projet a leur place. Selon toi, existe-t-il une expérience nécessaire chiffrable en année pour savoir bien utiliser RM ?
Je ne pense pas, j’ai connu des gens comme Kaëlar qui savaient très vite faire des choses super avec RPG Maker, et à l’inverse, j’ai connu des gens qui galéraient toujours après plusieurs années sur des trucs basiques (non, je ne donnerai pas de noms ). Ca dépend de l’investissement de chacun et de l’aide qu’il reçoit de son entourage. On reproche à beaucoup de nouveaux de tout vouloir servi sur un plateau d’argent, mais ce phénomène a toujours existé. Peut-être s’est-il accentué avec le temps, oui, mais pas tant que ça. Il y avait plus de recherche avant, on voyait très peu de jeux en RTP par exemple, les gens essayaient de trouver vraiment les graphismes qui correspondaient à leurs attentes. Mais est-ce vraiment un problème d’expérience ou un problème de tout vouloir tout de suite ? La résolution de RM2003 fait peur aux nouveaux, et l’absence des scripts aussi, ça peut se comprendre. S’il existait autant de rips sur XP et VX que sur 2003, on aurait peut-être moins de jeux en RTP. En même temps, pourquoi personne n’essaye de ripper des jeux pour faire des tilesets XP et VX... Je me le demande. C’est dommage. Walina avec Heavenly Fallen For You l’avait fait et le jeu a remporté un certain succès. Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été imités. Peut-être parce qu’ils n’ont pas dit qu’ils avaient rippé leurs graphismes et que cela n’a pas été compris.

- Le travail de Sinnay, et dans une autre mesure, d’Unikfinger, donne une prestance a Aëdemphia qui donne au jeu une dimension jamais atteinte dans un projet RM. Quand on a suivi le développement d’Aëdemphia, particulièrement dans les dernières années, on sais que parfois tu as douter que ton travail puisse être a la hauteur de celui de tes collaborateurs. Comment explique tu ça ?
Sinnay est un professionnel de la musique, il a composé des bandes son pour pas mal de projets professionnels, il a une solide expérience et formation, c’est donc une chance énorme pour moi de bénéficier de son travail. C’était inespéré. Je connais beaucoup moins mon activité que lui la sienne, et forcément, il y a quelque part pour moi l’inquiétude qu’il soit déçu de notre collaboration. Par ailleurs, la musique qu’il compose est très orchestrale, riche en sonorités, en arrangements, c’est une musique actuelle qui évoque une production à gros budget. Et je suis tout à fait conscient qu’elle est assemblée sur un jeu "en gros pixels" auquel on collerait facilement des musiques chiptunes ou du moins old-school. Mais je voulais de l’orchestral, bien sûr, Sinnay fait exactement ce que j’attendais. Seulement je ne peux pas ignorer l’écart technique qui s’est creusé entre les musiques et les graphismes d’Aëdemphia.
Je m’inquiète moins pour Unikfingers, parce qu’on se connait un peu, je sais qu’il apprécie mon travail, et je crois qu’on remarque moins les effets sonores quand on joue (il va sûrement hurler en lisant ça !). J’ai beaucoup de respect pour ce qu’il fait, c’est quelqu’un de motivé et d’inventif, qui prend souvent des initiatives et me propose des sons auxquels je n’aurais pas pensé. Je suis ravi de bosser avec lui.
- Comment est perçu Aëdemphia par tes profs, ou tes formateurs ?
Mes profs actuels ne sont pas au courant que je développe ce projet. Lorsque j’étais en école de 3D, ils l’ont vu et m’ont donné quelques conseils. C’était sympa, ça m’a apporté des choses, et je ne le regrette pas. Sauf que bien sûr, un enseignant qui a vu à quel point vous pouviez vous investir dans un projet va vous demander de faire la même chose pour le travail qu’il vous donne. Et là ça coince, je ne peux pas concevoir de passer autant de temps sur un devoir de classe que sur Aëdemphia. Il faut que je souffle un peu des fois ! Forcément de cette incompatibilité naît l’insatisfaction de l’enseignant qui régulièrement remettra l’affaire sur le tapis, sera plus exigent vis-à-vis de ce que je lui rends... Et je préfère éviter ça. Quelques profs que j’ai eu cette année ont vu mon jeu par accident ou parce que des camarades de classe leur en ont parlé. Ils ont été très enthousiastes et ça m’a fait plaisir ; mais j’aime autant rester le plus discret possible avec ça.
De la même façon, on m’a souvent conseillé de faire entrer Aëdemphia dans mes projets scolaires, pour faire d’une pierre deux coups, mais je ne peux pas accepter qu’un prof décide de ce qu’il y aura dans un projet aussi personnel, même si ses conseils peuvent être tout à fait bons et justifiés.
- Aë c’est un peu l’oeuvre de ta vie jusqu’ici. Comment voit tu son développement futur ?
J’ai pris la décision de ne plus revenir en arrière. Ce qui est fait est fait. Il ne me reste plus qu’à avancer. Rejoindre le point où je m’étais arrêté à l’époque où le jeu n’était pas "custom", la démo 8, c’est mon premier objectif. Il y aura donc d’autres démos 9 : la 9.4, 9.5, 9.6... Reprenant le contenu scénaristique des démos 4, 5, 6... Jusqu’à la démo 9.8, reprenant le contenu de la démo 8. Et une fois arrivé là, je préparerai le jeu complet. Donc en gros, il ne devrait pas y avoir de démo 10 ! Mais on en est encore loin, il va me falloir du temps pour arriver à la 9.8, essentiellement à cause des cinématiques.
- Des jours et des nuits a passer le temps de créer le background, les lieux, les systèmes. Redoute tu le jour où tout sera terminé ?
Non, j’ai hâte d’y être en fait. Je ne regrette pas de travailler sur ce jeu, mais après 7 ans, j’ai mis tellement d’idées de côté que j’ai vraiment hâte de pouvoir y travailler sérieusement. Et puis reprendre un rythme de vie un peu normal, aussi. Parce que toutes ces journées passées à bosser Aëdemphia, ce sont des journées où je n’ai pas pu lire, jouer, regarder des films... Et ça me manque beaucoup. Je passe à côté de tout ce qui sort, c’est assez frustrant. Mais si je ne le faisais pas, Aëdemphia n’avancerait plus, et je ne veux pas finir ce jeu à 50 ans.
Quand ce sera fini, je m’accorderai une grande pause ! Et après, je ferai quelques projets avec Hyvenos. Comme on sera deux, ce sera moins tendu.

- Quelle est la part de toi dans chaque personnage d’Aëdemphia ?
Il y a un peu de moi dans tous les personnages d’Aëdemphia.
Aredas c’est mon côté grande gueule, c’est ce que souvent je pense mais n’ose dire. Je me fais plaisir quand je fais parler Aredas. Mais c’est pas juste un chieur, c’est aussi un type qui a les idées claires et sur qui on peut compter. Je ne dis pas que je suis comme lui, mais c’est de lui que je me sens le plus proche.
Arniok, c’est mon côté un peu romantique, mélancolique ou déçu. J’étais un peu comme lui quand j’étais ado. Mais j’essaie qu’il n’ait pas l’air d’un ado, bien sûr. Manalianne c’est mon côté introverti. Les expos m’ont aidé à être plus à l’aise en public, mais à une époque j’étais vraiment le cliché du geek recroquevillé sur lui-même, timide et sans répartie. Yeranaë c’est mon goût pour les jeux de mots laids, mon côté plaisantin. Alzarith incarne un peu mes amours déçus (mais non, je n’ai jamais été amoureux de ma soeur, je n’ai pas de soeur d’ailleurs). Je suis moins proche d’Ufa et d’Aïnorie, mais en fouillant un peu on a certainement quelque chose de commun. Ufa c’est mon côté un peu rêveur et naïf peut-être, avec des jolis idéaux plein la tête et la rage dans le coeur contre les injustices (mais lui il est moins flemmard que moi, moi ça me passe vite). Aïnorie je sais pas trop, le problème avec elle c’est qu’elle est très secrète, et je risque de spoiler des gros trucs. Enfin moi aussi je suis un peu secret, c’est peut-être ça notre point commun.
- Quels sont tes rêves, tes songes, qui t’on permis de créer cet univers ?
C’est difficile à dire, souvent mes rêves ne racontent pas grand chose, mais il y a des images, des impressions, des ressentis... Qui me marquent et que je décide de réutiliser, parce que je sens qu’il me manque quelque chose, sinon. Par exemple, la ville de Flénémère, avec ses guirlandes, sa neige, son festival, et ses teintes rosées et violacées, j’en ai rêvé. En me réveillant, je voulais absolument que ça soit dans mon jeu, comme une partie de moi qui devait prendre forme et ne pas rester seulement dans ma tête. J’avais aimé y être et je voulais que vous y passiez un moment, vous aussi. Il y en a eu d’autres, mais je ne sais plus exactement lesquels. Récemment, j’ai rêvé de ce qui devrait être la séquence d’arrivée à Hyurne de la prochaine démo. Des fois, je suis à l’intérieur de l’univers du jeu, mais dans ce rêve-là, je jouais au jeu, et c’était vraiment excellent. Ce rêve était génial. J’ai vraiment envie de le faire. Bon, ce sera sûrement moins bien que dans mon rêve, mais je vais essayer. C’est très très motivant.
Enfin après, ça n’arrive pas spécialement fréquemment non plus. Mes idées me viennent essentiellement de musiques, de peintures ou de bandes-dessinées qui m’ont marqué. Je me souviens que les chansons des albums "The Celts" et "Shepherd Moons" d’Enya m’avaient immédiatement inspiré les paysages enneigés d’Erfanan. J’ai découvert ces musiques tout petit en accrochant les boules au sapin de Noël. Je n’oublierai jamais ce moment. Il y avait des dessins magnifiques sur ces boules, et je m’étais mis à rêvasser en fixant ces dessins et en écoutant la musique.
En écoutant "Beyond the Veil" de Tristania et "At Sixes and Sevens" de Sirenia, j’ai pratiquement refait tout le personnage d’Alzarith. La végétation des albums de l’"Age d’ombre" de Caza m’a beaucoup inspiré, ainsi que ses couleurs, sa poésie... Le film Gandahar, aussi, toute mon enfance ! J’admire énormément Caza, un de mes auteurs préférés.
- Kaëlar, Unikfingers, Finrod et autres comparse nous on fait également rêver au sens propre du terme avec RM. Tous nous on aussi permis de découvrir des univers graphiques et/ou scénaristiques très développés et vraiment intéressants. Aujourd’hui, ces personnes ne sont plus là, et un Sarcia, un Fayritales, un Par-Delà les Nuages, ne donnent plus signes de vie. Comment explique tu le fait que ces projets ambitieux, te donnant de la concurrence, n’ont pas réussis a venir a terme ?
Tous ces auteurs ont des raisons probablement très différentes. Je pense par exemple à Kaëlar, qui n’a finalement jamais su se fixer sur un concept pour son jeu. Année après année, il refaisait tout, et forcément, voir qu’après tout ce temps, on en est encore au début, ce n’est pas très motivant ; mais ce n’est pas le cas d’Unikfingers, qui lui a l’air surtout très très occupé (mais je n’en sais pas plus, il a peut-être d’autres raisons). Un problème récurrent avec RPG Maker, c’est qu’on commence jeune, avec enthousiasme et naïveté, et finalement, quand on gagne en ambition, on se sent un peu à l’étroit. Techniquement, c’est dépassé, il y a des choses impossibles à faire et ça peut devenir frustrant quand on en a besoin. De plus, quand on est jeune, on a les goûts qui changent, et un mode de vie qui peut basculer au gré des études. Et quand on est vieux... On a peut-être envie de quitter sa chaise de PC et vivre une vraie vie, avec autre chose que des gros pixels. Alors on s’investit peut-être moins, mais du coup on est mécontent de son projet, car l’âge rend plus exigent. Ca rend le développement des projets d’autant plus instable. J’ai eu la chance de ne pas trop changer de perspective au cours du développement d’Aëdemphia, ça m’a permis de conserver un projet avec lequel je me sens en adéquation, et ça c’est super important. Et comme je suis plutôt du genre solitaire, je m’accomode
peut-être avec moins de difficulté que les autres à rester devant mon PC toute la journée.

- Si l’on te demandais de nous décrire c’est quoi être Sylvanor dans la commu du making qu’aurais-tu a répondre ?
C’est chouette. Y a plein de gens qui vous aiment et qui attendent votre jeu. Je suis content d’être là.
Par contre je vous déconseille d’être moi quand une démo vient de sortir, les rapports de bugs ça rend fou. C’est vraiment un moment difficile, mais bon ça finit toujours par passer. Il y a une part de responsabilité, quand le site buggue ou quand on vous fait une demande, alors on est jamais vraiment tranquille. Il vaut mieux pas que je m’absente trop longtemps sinon je croule sous les MP et les e-mails.
Bon c’est pas trop grave vu que j’aime être là. Et puis c’est une contrepartie honnête quand on a le plaisir de gérer un site comme Oniro.
Après, forcément, y a des gens qui vous aiment pas. Mais c’est pas possible d’être aimé par tout le monde. Vaut mieux faire comme s’ils existaient pas.
- Est-ce que se faire enfermer vivant dans un Quick t’as permis de découvrir en toi de nouvelles techniques de panoramisation pour Aëdemphia
Ce fut un grand moment d’introspection duquel je ressortis plus fort psychiquement et physiquement. La puissance du Supreme Cheese sommeille en chacun de vous. Tentez l’expérience.
- Est-ce que tu penses refaire encore tes panoramas ?
Non, j’en suis encore satisfait aujourd’hui, deux ans après avoir refait les premiers. Ca va, je pense que mon niveau s’est stabilisé sur ce point, je ne pense pas revenir en arrière (et puis je me le suis promis). Il y a un moment où faut s’arrêter, sinon ça ne finit jamais. Le projet a déjà 7 ans ! 7 ans ! Quand je me dis ça ça me fait peur. Vraiment. Tous les jours je me demande si ça a valu le coup, et si ça vaut le coup de continuer. J’essaie de pas vous embêter avec ça sur les forums, j’en parle plutôt à mes proches IRL, mais je doûte beaucoup, et souvent. Ce n’est pas facile de se dire qu’on a passé 7 ans de sa vie à pratiquement que faire un jeu vidéo. Si au moins c’était un plaisir, ça pourrait aller, mais en fait ça ne l’est même plus. C’est peut-être juste un énorme gâchis. Je ne sais moi-même plus trop. J’espère que non. Mais bon, j’essaie de pas trop y penser et d’avancer, à la place. Quand ce sera fini, je n’aurai plus besoin de me poser cette question.
- Arniok a t-il des problèmes d’alcool ?
Je crois qu’il en a eu un peu par le passé et que c’est fini. Il a eu une mauvaise passe quand il était jeune, à l’armée, ça fait partie des choses qu’on peut apprendre en débloquant un dialogue dans l’option "Parlons de nos voyages" du dialogue avec les compagnons qui a été ajoutée dans la nouvelle démo. Mais je ne sais plus trop s’il a eu un problème d’alcool à ce moment-là, il faudrait que je relise ce passage. J’avoue, je finis par oublier certains trucs. Vous verrez bien en jouant.
- Est-ce que l’Aedemphia est une conception et vision personnelle du paradis ? Si oui, est-ce que avec ta barbe, tu n’as pas peur de t’attirer les foudres des groupes antisémites ?
Je crois que je me plairais bien sur Aëdemphia. Je suis quelqu’un d’assez matérialiste, pouvoir faire apparaître tout ce dont j’ai envie, c’est chouette. Mais je finirais peut-être par me sentir un peu seul, aussi. Sur Aëdemphia, on peut voir les gens s’ils sont d’accord, mais je perçois plus ça comme une sorte de paradis "chacun de son côté". J’aurais du mal à distribuer mes jeux là-bas, il n’y a pas internet sur Aëdemphia !
- Gilette ou Wilkinson ?
Au secours !
- Que représente les billes bleues accrochées dans les cheveux d’Aredas, simple fantaisie ou signification profonde ?
Ce sont des Emnels, je crois. Mais je ne sais plus du tout où je l’ai écrit. En tous cas sa coiffe est une sorte de coiffe traditionnelle qui se passe de génération en génération dans la famille des Oracles (oui, c’est de père en fils), elle a une valeur sacrée.
- Ton avis sur Pandora ?
Il y a des choses que j’aime bien sur Pandora. C’est propre, sérieux, ça sent la passion et les articles sont bien écrits. J’y vais régulièrement pour lire les news. J’aime bien l’équipe, et on vous sent soudés. Je ne lis pas le forum, alors je ne connais pas la communauté mais dans les commentaires je revois des visages connus d’Oniro. J’aime moins le côté un peu fermé du site, avec les petits passages dans les news où on se sent presque grondé, on a parfois l’impression de lire des espèces de manifestes du maker travailleur.
Mais je peux comprendre aussi un certain agacement, vous semblez avoir une passion et une vision peu partagée. C’est aussi ce qui fait la spécificité de ce site et dont découle son intérêt. De toutes façons, le site est de qualité et je vous aime bien.
- Un mot a dire au membres de Pandora ?
Merci à ceux qui auront lu, j’espère que vous apprécierez ma démo.

Un grand merci a Sylvanor de nous avoir accordé du temps pour répondre a nos questions.
:rutsu :
